Jakbrol - Géométrie Lyrics
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    Géométrie

    Ça fait déjà “des jours”
    Qu'ils ont quitté la terre
    Le vent les gifle
    La mer les griffe
    Ils se risquent outre-mer
    Un soleil confisqué
    Leur parle du passé:
    Une ville éventrée
    Sous deux cents décibels
    Des instruments d'horreur
    Le cuivre à la tempe
    La corde au cou
    Trémolo dans la gueule
    La musique, elle saccade
    Des barricades, des barbelés
    Et des grenades dégoupillées
    Du verre pilé
    Pile dans l'arcade
    Et des sarcasmes à l’arrivée
    Des promesses d'occident
    Des rames, de la mer et du vent
    Le drame qui fane le triste espoir
    Le jeu d'étoiles, les yeux du phare
    Qui brossent la mer
    Sans but, sans cible
    Insensible aux galères
    Dont les voiles
    Sont autour de la tête
    Ils sont prêts, elles sont prêtes
    Un peu trop peut-être
    À s’en aller dans l'eau
    Plus loin mais plus bas
    Plus loin mais plus bas
    Vers plus rien, vers là-bas
    Ils verront l'Atlantide avant Lampedusa
    Et la mer passe l'éponge
    C'est l'histoire de la honte
    Ils ont vécu d’amour et d’eau fraîche
    Mais d’eau fraîche dans les bronches
    Nous n’en sommes à l'écoute
    Que quand ils crèvent en route
    Car les dents de la mer
    Se font dans la manière de s’en foutre
    Et d’un semblant d'amour
    D'horreur pardonnée, autopardonnée
    L’histoire semble flanquée
    D’un soleil sans effort
    Parce que les gens du nord
    N'ont dans le cœur
    Qu’un décor qu'ils n'ont pas su voler
    Comme les flots de la mer
    Mordent les mailles du polyester
    Les vagues dans la gueule
    Ils sont seuls et s'entassent
    Prisonniers dans la nasse
    Ils se tordent un peu
    Puis ne se tordent plus
    Parce qu'il n'y a plus la place
    Dans leur bled, il y a des mecs
    Qui ont parlé d'humanité
    De l'Europe
    Là où c'est moins la merde
    C'est pour ça qu'ils sont cent
    S'entassant par bateau
    Sur une longue autoroute
    Inondée par les eaux
    La méditerranée
    Parlons-en,c'est une pute
    Qui va te faire raquer trois milles balles
    Pour lui toucher la côte
    Et pour mille de plus
    Tu changes de position
    Et la marée se vautre
    Dans des allez-retour sans passion
    Un voyage en ses reins
    Ça peut durer des jours
    Tu peux crier au secours
    Dans son lit, personne vient
    Dans ses draps froissés
    Et salis par l'écume
    Elle videra ses rouleaux
    Sur la gueule des marins
    Pauvres et sans fortune
    Sous la lune en détresse
    Alors, range tes kleenex
    Elle avale à la fin
    C'est qu'une question de pognon
    Si tu penses aux étrennes
    Tu lui lécheras la Grèce
    Et sa botte italienne

    La prison semble bleue
    La cantine trop salée
    Ils sont sales, nerveux
    Leurs cheveux par paquets
    Ça fait déjà des semaines
    Qu'ils ont quitté la terre
    En laissant aux sirènes
    Leurs semaines ordinaires:
    Lundi est un 22 mars
    Mardi, un 13 novembre
    Mercredi 10 octobre
    Jeudi 11 septembre
    Vendredi sous les mines
    C'est samedi sous les roses
    Et puis le septième jour
    Le seigneur se repose
    Et puis, ça pète un câble
    Dans tous les sens
    Un cœur éclate
    Une flaque de sang
    De la cendres à terre
    De tristes restes
    Et du silence
    Pour ceux qui restent
    Lancinant dans les corps
    La douleur est épaisse
    Et dépasse le réel
    Parce que vue de l'espèce
    La terre, elle n’est pas belle
    Ça fait déjà des jours
    Que leurs jours semblent longs
    Que le monde n'est plus rond
    Car leur monde
    N’est que vagues sur les eaux
    Qu’il fait chaud
    Pour un nouveau tour d'immonde
    En quatre-vingts matelots
    Ils n'ont de la vie
    Que le rêve et l'envie
    Dans nos paradis, ivre
    On est vachement sensible
    Nos poumons pleins d’air
    Et nos airs pleins d'excuses
    Satisfaits et très fiers
    Que la croisière s'amuse

    Et les étrangers quand même
    Appelons-les par «leur nom»
    Se sont perdus un soir
    Sur les ondes profondes
    Dans un silence rare
    Un carnage sans musique
    Ils fondent dans le bleu
    Comme une sombre acrylique
    Ils se battent, se débattent
    Ça fait des ronds dans l'eau
    Et de la mousse et des formes
    Ondulées par les vagues

    Et la lune, impassible
    Éclaira sous la nuit
    Le désespoir d'un peuple
    Dans sa Géométrie

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